Non, ce n’est pas le titre d’un western, mais bien le cas d’un de mes clients : une entreprise de BTP dans le Nord Charente, 13 personnes dans les bureaux et une vingtaine d’ouvriers sur le terrain. 15 ans d’activité, 8 prestataires IT différents au fil des années, et une infrastructure qui tenait par habitude plus que par conception.
La panne qui change tout
C’était début mars. Un des NAS de mon client — appelons-le Gérard — tombe en panne. Jusqu’alors, il faisait appel à différents prestataires en fonction de ses besoins, sans jamais chercher à consolider l’ensemble. Mais là, la situation était différente : le NAS défaillant contenait une grande partie des fichiers de l’entreprise. Dossiers clients, informations administratives, fichiers fournisseurs. Le cœur numérique de la boîte.
L’équipe a d’abord tenté de se débrouiller seule. Deux jours à essayer de contourner le problème, à travailler sans accès aux fichiers partagés. Le troisième jour, Gérard m’appelle. J’interviens, et le quatrième jour les choses sont rétablies.
Quatre jours. Treize personnes de bureau à l’arrêt ou fortement ralenties.
Faisons un calcul rapide : même en estimant un coût horaire chargé modeste de 30 €, quatre jours d’arrêt pour 13 personnes représentent environ 12 500 € de productivité perdue. Sans compter les retards sur les chantiers, les devis non envoyés, les relances non faites. Pour une PME de BTP, ça se ressent directement sur la trésorerie.
L’état des lieux : un patrimoine IT oublié
En examinant le NAS défaillant, je constate que les disques durs sont intacts et que les données sont récupérables. Soulagement. Mais pendant que je prépare quelques tests, je remarque dans la pièce technique une baie un peu poussiéreuse, nichée au fond d’un placard sous une pile d’archives papier.
Gérard me donne l’autorisation d’examiner le contenu. Surprise : un serveur rack 1U, un Lenovo SR250, monté sur un onduleur. Le tout allumé et fonctionnel.
« C’est pour ça qu’il fait toujours chaud dans cette pièce ! » — Gérard, 20 mars 2025.
Incapable de me dire à quoi sert la machine, Gérard me donne le feu vert pour approfondir. Je découvre que le SR250 n’était utilisé que pour héberger une sauvegarde des données comptables. Un serveur capable de bien plus, réduit à une tâche qu’un simple disque externe aurait pu assurer.
Mais c’était surtout le symptôme d’un problème plus large. Le bilan complet de l’infrastructure ressemblait à ça :
- 1 NAS 4 baies pour le stockage et le partage de fichiers (celui en panne)
- 1 NAS 2 baies dédié aux sauvegardes… dont les dernières dataient de 2023
- 1 serveur rack sous-utilisé, oublié dans un placard
- 13 postes de travail sous Windows 10, configurés au fil du temps par des prestataires différents
- Aucune gestion centralisée des accès, des identités ou des mises à jour
Quinze ans d’interventions ponctuelles par huit prestataires successifs, et personne n’avait jamais pris le recul nécessaire pour penser l’ensemble.
« Gérard, je pense pouvoir te proposer quelque chose. »
La refonte
Gérard et son épouse me font confiance. On reprend tout depuis le début.
Première étape : tout sauvegarder. Avant de toucher à quoi que ce soit, sauvegarde complète de l’ensemble : serveurs, NAS et postes de travail. Car malgré l’usage du NAS pour le partage de fichiers, de nombreux documents étaient stockés directement sur les postes individuels. Un classique des infrastructures non gérées.
Deuxième étape : démontage et mise à niveau. Tout est démonté, nettoyé, vérifié. J’en profite pour ajouter du stockage et de la RAM sur le SR250, qui va devenir la pièce maîtresse de la nouvelle infrastructure.
Troisième étape : virtualisation. Installation de Proxmox sur le SR250 et mise en place de machines virtuelles dédiées. Gérard retrouve son partage de fichiers avec toutes ses données, sa sauvegarde comptable, et gagne au passage un Active Directory pour une gestion propre des identités numériques de l’entreprise.
J’ai aussi installé un serveur d’impression centralisé. Parce que comme le dit Gérard : « Ça marche quand ça veut, ces machins-là ! »
Les deux NAS ont été redéployés avec des rôles clairs :
- Le NAS 4 baies reste sur site pour recevoir les sauvegardes automatiques du serveur principal
- Le NAS 2 baies est déplacé au domicile de Gérard, pour une copie de sauvegarde hors site
Enfin, les 13 postes de travail ont été formatés et mis à niveau vers Windows 11, avec des accès correctement configurés via l’Active Directory.
Ce que Gérard y a gagné
Le changement le plus visible, ce n’est pas la technique. C’est la visibilité.
Avant, Gérard ne savait pas ce qu’il y avait dans son infrastructure, qui y accédait, ni comment les choses fonctionnaient. Il subissait son informatique. Chaque problème était une urgence, chaque intervention un coup de fil à un prestataire différent qui ne connaissait pas l’historique.
Après la refonte, Gérard a une vision claire de son système. Les postes sont configurés de manière cohérente avec les bons accès. Le personnel a été formé aux bonnes pratiques et sensibilisé aux bases de la cybersécurité. Les sauvegardes tournent automatiquement, y compris hors site.
Et surtout, l’infrastructure est pensée comme un tout, pas comme un empilement de solutions ponctuelles.
En termes de coûts, le calcul est simple. L’infogérance représentait 250 € par mois — soit 3 000 € par an pour une infrastructure gérée, supervisée, maintenue. À comparer avec le coût d’une seule panne comme celle qui a déclenché tout ça : au moins quatre fois le budget annuel d’infogérance, perdu en quatre jours.
La suite de l’histoire
Gérard envisageait de transmettre l’entreprise à ses enfants. Ce qui est certain, c’est que la base informatique était enfin solide pour accompagner cette transition.
L’entreprise a depuis été vendue. Mais ce cas illustre bien une réalité que je rencontre régulièrement en Charente : des PME qui fonctionnent depuis des années avec une informatique bricolée au fil du temps, qui tient par la force de l’habitude. Jusqu’au jour où elle ne tient plus.
Si vous vous reconnaissez dans la situation de Gérard — des prestataires qui se sont succédé sans vision d’ensemble, des sauvegardes dont vous n’êtes pas certain qu’elles fonctionnent, un serveur oublié quelque part — un état des lieux permet d’y voir clair. C’est souvent la première étape.